Douceur de création

Comme souvent, j’essaie d’écrire mais les mots se refusent à mes doigts fébriles. La frustration me mouille presque les yeux. Je voudrais raconter, dire, partager. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je crois que c’est important. Je prends une inspiration. Oui, voilà, me reconnecter à mon souffle. Je sais bien qu’elle est là la clé.

Faire des tambours n’est pas facile. Etre debout, poncer à la machine et à la main. Voir naître entre ses doigts ce qui sera bientôt un rond presque parfait. Ne pas se laisser aller à la frustration de la perfection mais s’attarder sur la beauté de la création. Dans cet atelier qui m’est prêté, je suis entourée de scies géantes qui permettent d’abattre des arbres entiers. Dans l’air flotte l’amour du bois du propriétaire des lieux. Je me sens étrangement à ma place. Une enfant qui joue dans l’atelier d’un artisan.

Les différentes étapes permettant la création des cadres a souvent éveillé chez moi de nombreuses émotions. Et elles ne sont pas toujours très agréables. La peur, la colère, la frustration. Cette fois, je les ai observées. J’ai souri en les voyant apparaître. Je les ai écoutées.

D’abord elles m’ont parlé de ma peur de ne pas savoir quoi faire avec les tambours. Pourquoi les faire si j’ai encore un stock ? Quelle est leur place dans ce monde ? Pourquoi, moi ? Qui suis-je pour faire ces tambours ? J’ai entendu ces questions. Alors, au lieu de m’entêter, au lieu de les enterrer, je leur ai fait de la place. Ou, plutôt, je suis allée à la rencontre de l’émotion qui les sous-tendait. Assisse face au feu, j’ai demandé : “pourquoi tout ça ? d’où est-ce que ça vient ? Je le retourne à la terre et à la source, je n’en ai pas besoin”. Yeux clos, j’ai bercé doucement les sentiments qui tentaient de me submerger. Cette attention douce et sincère a eu l’effet contraire. Comme de l’eau qui coule et nettoie, l’attention et l’écoute ont calmé les émotions. Je suis retournée au point de départ, à cette époque vécue il y a vingt ans, où j’ai perdu ma meilleure amie, changé de classe en cours d’année et vu le divorce de mes parents. Alors mes repères volaient en éclat. La situation actuelle semble faire échos à ces jours de l’enfance. Bien que l’adulte soit capable de faire face, l’enfant apeurée est encore là.  Elle pleure l’abandon au fond de mon coeur.

Alors, et même si j’étais levée depuis moins de deux heures, je suis retournée me coucher. Je me suis lovée dans le lit douillet avec l’intention de consoler l’enfant et l’adulte. Je me suis endormie. Pas plus de vingt minutes. Au réveil, j’étais prête à commencer mes tambours, le coeur en joie.

J’ai la chance, ou plutôt je me donne la chance, de pratiquer ces techniques de méditation et de soins énergétiques qui permettent de guérir l’âme et de la laisser chanter librement dans notre vie. J’aurais pu faire mes tambours avec le coeur lourd et l’esprit confus par ce qui se déroulait au fond de mon âme. Au lieu de cela, en prenant le temps, j’ai pu m’atteler à ma tâche avec douceur et efficacité. 

Ce fut une leçon pour moi que je voulais partager ici. Parfois il vaut mieux prendre le temps d’accueillir ce qui déroule dans l’instant pour pouvoir ensuite accomplir ses objectifs, avec douceur et efficacité.


Poésie de l’instant, qui court et qui s’échappe

Je m’agenouille au centre de mon être

Plonge mes mains dans le nectar de la vie

Yeux clos, j’écoute et je sens les battements du coeur

Mon coeur, le coeur de la Terre.